La Wallonie : de sa création à la guerre 40-45

Le journal La Wallonie est créé une première fois le 12 septembre 1903. Il s’agit de l’organe officiel du POB liégeois. Le quotidien connait cependant des difficultés financières et se transforme en hebdomadaire (7 novembre 1903). Finalement, le journal cesse de paraître en septembre 1906.

Après la première guerre mondiale, Le Peuple, journal bruxellois, crée une antenne liégeoise* et, le 9 septembre 1919, paraît Le Peuple de Liège. Si l’essentiel du contenu provient de Bruxelles, la rédaction liégeoise fournit les pages centrales qui sont consacrées à l’actualité locale. En 1920, le journal prend le nom de La Wallonie Socialiste, mais il ne s’agit toujours que d’une édition liégeoise de l’organe bruxellois. Dans les années 20, la Fédération liégeoise du POB se montre soucieuse de disposer d’un organe de presse et décide de s’investir dans La Wallonie. Un accord est trouvé et un Conseil de rédaction est constitué par les rédacteurs, les principaux collaborateurs du journal, un délégué de la Fédération liégeoise du POB, un délégué de la Fédération des Syndicats, un délégué de l’Union Coopérative et un délégué du POB (pour les arrondissements de la Province). La rédaction, elle est composée d’Isi Delvigne, Ernest Bologne et Léon Troclet. Ils sont bientôt rejoints pas Jean Tousseul. La rédaction accueillera encore d’autres collaborateurs, dont les plus prestigieux sont Jean Delvigne, Georges Truffaut, Valère Hénault (correspondant du Peuple), Joseph Dejardin ou René Jadot.


On peut observer la façade (rue de la Régence) du journal La Wallonie telle qu’elle se présentait en 1925.Si le bâtiment existe toujours, il a été agrandi et transformé,ainsi le petit « clocher » a disparu.En médaillon, on reconnait le directeur du journal, Isi Delvigne. (Coll. ALPHAS)

En 1922, le quotidien achète un immeuble rue de la Régence à Liège et, soutenu par les organisations syndicales, le transforme. Jean Moutschen est chargé des travaux et Jean Donnay de la décoration. C’est en octobre 1925 qu’a lieu l’inauguration. Lors de la cérémonie, Isi Delvigne prononce un discours (forcément) élogieux : « Le Conseil d’administration n’a pas hésité à faire plus grand à Liège qu’à Bruxelles. Il a consenti à donner à Liège plus de faste qu’au Peuple. » Pour Joseph Wauters, La Wallonie est un outil de lutte et de propagande électorale : « Dans l’œuvre que nous accomplissons (…) la presse (peut) nous aider puissamment. C’est pourquoi, camarades de La Wallonie, nous sommes ici pour vous féliciter de votre effort. (…) Il faut que le 8 novembre le Suffrage Universel sanctionne le verdict du 5 avril et que le drapeau rouge qui flotte au vieux Palais des Princes-Evêques continue à se dresser fier et inataquable.« 

Le Hall d’entrée de La Wallonie.(Coll. ALPHAS)

La rédaction qui investit ces nouveaux locaux se compose comme suit : Isi Delvigne, Armand Tilkin, Maurice Dethier, Alex Weck, Georges Truffaut, Jean Delvigne, Georges Dupont, Léon Troclet, Valère Hénault et Raymond Colin. Même Georges Simenon vient y faire une pige. A la même époque, la Centrale liégeoise des Métallurgistes inclut dans sa cotisation l’abonnement au quotidien socialiste. Le résultat ne se fait pas attendre, les ventes sont dopées et passent de 28 000 à 50 000 exemplaires.

La Wallonie, ce n’est pas seulement un format papier, c’est aussi la TSF : Radio Wallonie qui émet d’octobre 1925 à mai 1940. Depuis les bureaux de la rue de la Régence, elle émet un contenu essentiellement informatif et musical.  Début des années 30, La Wallonie, comme la plupart de la presse socialiste, rencontre des problèmes de diffusion, de développement et d’équipement. En conséquence, le POB décide la création du Fonds Joseph Wauters ; Pour que le Peuple lise qui devait apporter les moyens financiers nécessaires à ces projets. Cependant la crise économique et la concurrence d’autres fonds de solidarité (Matteotti et 1er Mai) limitent la portée de cette action. La Fédération liégeoise du POB se tourne alors vers les USC pour qu’elles recrutent de nouveaux lecteurs en proposant gratuitement un abonnement d’essais d’une durée 15 jours et en organisant des conférences. Cette action n’est pas vraiment un franc succès et, en 1937, le tirage du quotidien est descendu à 30 000 exemplaires (contre 50 000 en 1925). Pour redynamiser la ligne éditoriale, La Tribune des Tendances trouve place dans les pages du journal. Six personnalités y expriment les différents courants du mouvement socialiste : François Van Belle, François Sainte, François Logen, René Delbrouck, Paul Gruselin et Georges Truffaut. Ce dernier met cependant en lumière les limites de cette liberté d’expression quand, en avril 1937, il quitte le journal après le refus d’un de ses articles. Cette Tribune provoque tant de réactions et de critiques qu’elle est abandonnée dès mars 39.

Sur cette photo, on peut observer une des façades de la rue de l’Aîte du journal La Wallonie telle qu’elle se présentait en 1925.Sur le toit, les antennes de Radio Wallonie.Il s’agit de l’imprimerie, ce bâtiment n’existe plus et a été remplacépar un plus moderne. (Coll. ALPHAS)

Une de La Wallonie du 12 mai 1937.Cette « une » illustre l’engagement du quotidien quelques jours aprèsle dramatique bombardement de Guernica par l’armée allemande. (Coll. ALPHAS)

La Wallonie veut être un journal militant qui ne se contente pas de l’actualité nationale et régionale. La rédaction s’engage résolument contre le fascisme, le nazisme et le rexisme. Ainsi, lorsqu’en juillet 1936, la Guerre d’Espagne éclate, le quotidien prend fait et cause pour les Républicains espagnols. Comme l’entièreté du mouvement socialiste, La Wallonie organise des récoltes de vivres, le soutien des Républicains et l’accueil des Enfants de la Guerre d’Espagne.  Finalement, tout comme Le PeupleLa Wallonie est victime du nazisme et doit suspendre sa parution en mai 1940. S’en suit alors une éclipse de quatre années qui nous mène jusqu’à la libération.


Le public devant la façade de La Wallonie, rue de la Régence à Liège. (Coll. ALPHAS)

*Jusque là Le Peuple dispose d’un ou deux rédacteur pour la région liégeoise : le premier, vers 1900, est Eugène Mouzon qui occupe ce poste jusqu’à son décès. Théo Bovy (auteur wallon et père de la comédienne Berthe Bovy) lui succède, mais quitte ses fonctions en 1908 pour rejoindre sa fille à Paris. Isy Delvigne, qui dirigeait l’imprimerie coopérative du POB, devient alors le rédacteur liégeois. Il imprime alors un nouvel élan au Le Peuple « liégeois ». Deux ans plus tard, devant le développement du journal, un rédacteur est adjoint à Delvigne : François Van Belle. Ce dernier devient Secrétaire de la Fédération liégeoise du POB en 1913 et abandonne la fonction à Ernest Bologne.

Sources:

  • 90 ans à la une, « Le Peuple » ; 1885-1975, Marcinelle, 1975 – Coll. ALPHAS.
  • 1934, Almanach du « Peuple » et de « La Wallonie », Cuesmes, 1933 – Coll. ALPHAS.
  • La Meuse, 6 Mars 2008 – Coll. ALPHAS.
  • La Wallonie, n° 296-297 et 298, 24-25 et 26 octobre 1925 – Coll. ALPHAS.
  • Edouard Cordier, Livre blanc de la presse socialiste, 1980 – Coll. ALPHAS.
  • Linda Flagothier Musin, 1885-1985, Histoire des Fédérations ; Liège, Bruxelles, 1985 – Coll. ALPHAS.
  • Rouge Métal ; 100 ans d’histoire des métallos liégeois de la FGTB, Seraing, 2006 – Coll. ALPHAS.