L’action commune

Aperçu historique d’une solidarité socialiste à travers ses dates clés

Logos PS, Solidaris, FGTB, P&V Assurances

Naissance de l’Action Commune

La naissance de l’Action Commune tient à plusieurs facteurs. Auparavant, en s’affiliant au Parti, on s’affiliait à tout un mouvement comprenant le Parti, le syndicat, la mutuelle et les sociétés coopératives socialistes dont la Prévoyance Sociale (aujourd’hui P&V Assurances). Au sortir de la deuxième guerre mondiale, les différentes branches du mouvement socialiste vont vouloir se développer de façon indépendante. 

La défaite du Parti Socialiste Belge (PSB) aux élections de juin 1949 et une ferme opposition commune face au retour du roi Léopold III vont amener le Parti, le syndicat, la mutuelle et les sociétés coopératives socialistes à créer un outil de coordination visant à renforcer les moyens d’information, de sensibilisation et de mobilisation de l’opinion publique.

Manifestation rue Pont d’Avroy (Liège), Photographie de Robyns- Desarcy, Coll. ALPHAS. (droits d’auteurs : Musée de la Vie Wallonne).

C’est ainsi que naît le 7 juillet 1949 le Comité National d’Action Commune qui se dote le 22 juillet d’un programme commun de revendications. L’Action Commune se décline aussi au niveau régional avec notamment le 12 juillet 1949 la création du Comité Régional d’Action Commune de Liège. 

Pour mettre en œuvre les objectifs de l’Action Commune, est décidé le financement d’institutions communes, telles que l’Institut Emile Vandervelde (centre d’études mais également aujourd’hui centre d’archives et d’éducation permanente) et l’ancienne Fondation Louis de Brouckère (centre de formation culturelle, scientifique et technique). La FMSS (Fédération des Mutualités Socialistes et Syndicales) à Liège est elle-même un symbole de cette Action Commune puisqu’elle unit en son sein, comme son nom l’indique, à la fois les Mutualités Socialistes et Syndicales et constitue de ce fait une particularité par rapport aux autres mutualités socialistes belges. La présidence de la FMSS était d’ailleurs confiée à un syndicaliste tandis que le poste de Secrétaire était confié à un mutualiste.

Années 50

Dans les années 50, l’Action Commune est florissante. Elle s’implique dans la Guerre civile espagnole entre les partisans du dictateur Franco et le gouvernement républicain espagnol en exil en apportant son aide financière à ce dernier. Des meetings de solidarité, ramassages de vivres, collectes d’armes,… sont organisés. Des comités d’hébergement se mettent en place pour accueillir les enfants que leurs parents engagés dans la guerre civile envoient se réfugier à l’étranger. La FMSS leur mettra, par exemple, à disposition le home des Floricots à Tihange.

 

Les enfants de Tossa arrivent à Comblain-au-Pont, Photographie, 1939, Collection Los Ninos de la Guerra.

Deux autres questions vont mobiliser l’Action Commune : l’arrêté du Ministre Social-Chrétien Vandendaele sur l’Assurance Maladie-Invalidité auquel l’Action Commune (1953) va s’opposer et le projet de loi scolaire du Ministre Socialiste Collard visant principalement à réduire les subsides versés à l’enseignement libre au bénéfice de l’enseignement public (1954-55), projet que l’Action Commune va bien sûr soutenir.

Rupture du Comité Régional d’Action Commune de Liège

Fin des années 50, début des années 60, des désaccords entre les membres de l’Action Commune se font jour qui finiront par provoquer à Liège la rupture officielle le 24 février 1964 du Comité Régional d’Action Commune.

Premier désaccord, la grève des Métallurgistes de 1957 manifestant leur inquiétude face au déclin industriel wallon. Celle-ci divise le PSBau pouvoir.

  

 Grèves de l’hiver 1960-61, manifestation devant la gare des Guillemins à Liège, Photographie, 6 janvier 1961, Coll. ALPHAS/IEV. 

L’Action Commune reprendra de la vigueur lorsqu’éclate la grève de l’hiver 1960-61 contre le projet de loi Unique du gouvernement social chrétien-libéral de G. Eyskens. Ce projet prévoit des mesures d’austérité pour rétablir l’équilibre budgétaire de l’Etat mis à mal par la crise économique, des mesures mal accueillies par les travailleurs qui en subissent les conséquences.

En 1962-63, le désaccord de la FGTB liégeoise, par rapport en particulier aux lois sur le maintien de l’ordre et au compromis linguistique du gouvernement socialiste-social chrétien (problème des Fourons notamment), influencée en cela par les métallos liégeois proches du Mouvement populaire wallon et le faux bond de la Fédération liégeoise du PSB, entraîne la rupture en 1964 du Comité régional d’action commune de Liège.

Années 60 à 70

Si la disparation du PSB en 1978 au profit d’une entité francophone et flamande toutes deux indépendantes est un nouveau coup dur pour l’Action Commune, celle-ci n’est pas totalement morte pour autant. Des tentatives de création d’un Comité National d’Action Commune par et pour les jeunes des organisations constituantes ont même lieu.

Survivance du Comité Régional d’Action Commune de Liège

Face au déclin de la presse socialiste dans les années 80, les différentes branches de l’Action Commune s’organisent pour lui venir en aide financièrement, ce qui malheureusement constituera, au vu de la situation actuelle, un feu de paille. L’Action Commune se mobilise de nouveau pour défendre la sidérurgie wallonne. Le 5 février 1986, en opposition à la politique d’austérité du gouvernement Martens-Gol qui pénalise le secteur public, l’enseignement et les allocataires sociaux, est créé un Comité de Défense et d’Action provincial avec des antennes cantonales (Fédérations provinciales liégeoises du PS, Régionale FGTB et FMSS). Enfin, en 1987, la Fédération liégeoise du PS s’associe notamment avec l’ex-mutualité FMSS (aujourd’hui Solidaris) et le PAC pour donner naissance au centre d’archives privées l’Institut Liégeois d’Histoire Sociale (aujourd’hui ALPHAS).

L’Action Commune au 21ème siècle

Carte Postale publiée par La Maison du Peuple de Bruxelles, s.d., Coll. ALPHAS.

 

 

Aujourd’hui, l’Action Commune a plus de 60 ans. Si elle ne constitue plus une structure permanente, elle sait toujours se mobiliser dans l’intérêt de la population et doit rester un rempart visant à protéger les acquis sociaux, en particulier la sécurité sociale. Elle soutient, par exemple, le projet de l’asbl Les Travailleurs Réunis, présidée par Marc Goblet, Président de la FGTB Liège-Huy-Waremme, de relance des Magasins du Peuple, l’asbl étant déjà à l’origine de la sauvegarde de plusieurs Maisons du Peuple. Récemment, P&V Assurances affirmait encore vouloir renforcer ses liens avec l’Action Commune.

La démocratie économique par l’Action commune, Affiche du 1er Mai, Lithographie en couleur d’Herté, Editions Biblio, Liège, s.d., Coll. ALPHAS.

 

Guillaume Rimbaud – Décembre 2010

Sources :

  • Courrier Hebdomadaire du CRISP, n° 248 et 250 (1964). Coll. ALPHAS
  • Fonds Fédération Liégeoise du PS . Coll ALPHAS
  • Fonds Gilbert Mottard. Coll ALPHAS
  • Fonds Action Commune et CDA. Coll. Fondation André Renard
  • Fonds Socialistisch Jeugdverbond. Coll. AMSAB
  • Fonds Action Commune. Coll. IEV