Le grand Liège: une association au service de la promotion de la région liégeoise

Logo du Grand Liège.

Association privée, constituée en asbl le 1er janvier 1937, Le Grand Liège a pour objet social, selon ses statuts de départ, la réalisation et l’organisation de fêtes et de manifestations ayant un caractère scientifique (conférences…), artistique, touristique, folklorique et sportif destinés à conserver et à rendre à la Ville de Liège, en particulier, et à la Région wallonne, la Communauté française, l’Europe et la Francophonie en général, un essor économique plus grand, un rayonnement intellectuel plus vivace (Université de Liège, RTBF Liège, Opéra Royal de Wallonie, Orchestre philarmonique de Liège…), en un mot une renommée digne de son passé. 

De ce fait, elle s’intéresse également aux questions d’aménagement urbain (facteur de développement économique et du bien-être de la population), à la sauvegarde, à la valorisation du patrimoine… A plusieurs reprises, l’asbl a mis en place une série de commissions chargées de plancher sur des pistes de solutions dans les matières évoquées ci-dessus. L’asbl vient donc appuyer les autorités dans leur recherche d’un meilleur développement, de la région liégeoise en particulier, et de ses atouts, en s’efforçant de les faire travailler ensemble.

L’association est ouverte aux hommes et femmes, âgés d’au moins 21 ans, issus de tous les horizons politiques, philosophiques ou sociaux (échevins, industriels, ingénieurs, notaires, architectes, avocats, médecins, professeurs, journalistes, commerçants, employés, agents techniques, artistes). Toutes ces personnes ont en commun leur attachement au pays de Liège. Les ressources de l’asbl Le Grand Liège proviennent des personnes morales (sociétés privées ou publiques) et des personnes physiques qui versent une cotisation et prennent part à ses activités. Elle est également soutenue par plusieurs pouvoirs publics, en particulier la Province de Liège et diverses communes dont la Ville de Liège.

En fait, c’est Georges Truffaut, socialiste et militant wallon ardent, à l’époque Echevin des Travaux de Liège et Député, qui fonde l’asbl et en devient le premier président (1937 – 1942). En fondant l’association, il avait déjà en tête l’organisation de l’Exposition internationale de l’Eau, qui s’est tenue à Liège en 1939 et était axée sur l’inauguration du canal Albert. Cette exposition est le symbole même des objectifs de l’association, puisqu’elle contribue au développement urbain de la ville, donne lieu à de nombreuses manifestations culturelles (expositions d’art, concerts de stars, mise en valeur de l’architecture mosane par la reconstitution d’un village typique) et sportives et constitue un formidable outil de promotion pour la ville.

Georges Truffautprésident du Grand Liège, s.d., Coll. ALPHAS.

Vue générale de l’Exposition internationale de l’Eau, Liège, 1939, Coll. ALPHAS.

Le Grand Liège cesse ses activités pendant la deuxième guerre mondiale mais l’occupant allemand utilise le nom (Gross Lüttich) pour dénommer l’organisation administrative qu’il veut mettre en place sur le territoire de la Ville et les communes avoisinantes. Par ailleurs, Georges Truffaut qui a gagné l’Angleterre et a rejoint les forces belges insérées dans l’armée anglaise, meurt lors d’un exercice militaire en 1942, dans un accident qui n’a jamais été totalement élucidé.

Edgard Frankignoul, président du Grand Liège et Monsieur Laurent-Neuprez, secrétaire général, Liège (Cinéma Palace), Congrès de rentrée, 31 mars 1936, dans « Définition, programme et composition du Grand-Liège », Publications du Grand-Liège, 1946, p .10, Coll. ALPHAS.

A la Libération, c’est un industriel liégeois, Edgard Frankignoul (1944-1954), fondateur et administrateur-délégué de la firme mondialement connue des Pieux Franki, qui reprend la présidence et fait face aux nombreux défis posés par la reconstruction des infrastructures industrielles, urbaines et de transport (routières en particulier), ainsi qu’au problème de la restitution des œuvres d’art liégeoises pillées par l’occupant et dispersées dans les musées allemands.

Georges Thone, imprimeur et militant wallon, alors vice-président de l’association, proposa, sans succès, la candidature de Liège pour le titre de capitale de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA), titre qui lui fut ravi par Bruxelles. Devenu président (1954-1965), il fut par après confronté au problème des Fourons, rattachés à la province de Limbourg contre leur volonté, exprimée dans les urnes d’un référendum. Contrairement à son habitude de réserve par rapport aux problèmes politiques, l’asbl intervint alors publiquement. Mais le caractère de Georges Thone le porte à la controverse et ses prises de position personnelles rompent l’entente qui avait présidé à la création du Grand Liège. Une dispute écrite oppose également André Renard, leader syndicaliste, à Jean Rey, député et ministre libéral. Surtout, Georges Thone publie sans consultation un éditorial violent qualifiant de « lois scélérates » les différentes lois de protection ouvrières voulues par les Socialistes. Aussitôt, ceux-ci quittent l’asbl Le Grand Liège en faisant cause commune avec Jean-Joseph Merlot, député de Liège et bourgmestre de Seraing.

Georges Thone, président du Grand Liège, Photo Grand Liège, dans « Le Grand Liège, 60 ans de vie liégeoise », n°133 (1997), n° spécial de la revue Le Grand Liège, p. 17, Coll. ALPHAS.

L’asbl va devenir une machine de guerre contre la présence socialiste à la Violette et son action compte beaucoup dans la formation d’un Collège PSC – Libéral en 1955. Jean Lejeune, professeur d’histoire à l’Université et Secrétaire Général du Grand Liège, devient Echevin libéral des Travaux et des Musées de la Ville de Liège grâce à l’appui de Thone. Après son élection, toutefois, il cherche à reformer une unanimité et orienter l’asbl Le Grand Liège vers de grandes expositions (Le Siècle de Louis XIV, par exemple) et vers le soutien du Festival de Wallonie Les Nuits de Septembre auquel il rend un grand lustre. Cette politique permet la rencontre de divers socialistes mais le plus souvent à titre personnel. C’est ainsi que Jean-Maurice Dehousse va en devenir non seulement membre mais l’un des vice-présidents. Notons encore que, sous l’impulsion de Jean Lejeune, Le Grand Liège joue un rôle dans la création de l’Euregio Meuse-Rhin en 1976, qui traduit dans les faits le « Pays sans Frontières », décrit par Jean Lejeune dans une de ses publications. A la mort accidentelle de Georges Thone, Jean Lejeune est devenu le Président du Grand Liège (1965-1979).

Jean Lejeune, président du Grand Liège, Photo Grand Liège, dans « Le Grand Liège, 60 ans de vie liégeoise », n°133 (1997), n° spécial de la revue Le Grand Liège, p. 17, Coll. ALPHAS.

Mais Jean Lejeune s’éteint également brusquement. Jean Rey, que ses activités comme membre puis Président de la Commission Européenne retiennent à Bruxelles, comprend la nécessité d’interrompre une succession de présidents libéraux et cherche un appui pour faire désigner comme Président l’avocat Jacques Levaux, chrétien mais progressiste et qui n’est affilié à aucun parti tout en appartenant au mouvement Rénovation Wallonne. Jean-Maurice Dehousse et la plupart des jeunes membres vont appuyer ce projet.

Sous la présidence de Jacques Levaux (1979-1991), Le Grand Liège favorise l’expansion de l’ULg sur le site du Sart-Tilman et, non content d’assister à la fusion des communes liégeoises, se déclare ouvertement favorable à la création d’une Communauté urbaine. Le Grand Liège met en place en 1982, avec la collaboration de l’Union wallonne des entreprises et la Société d’études et d’expansion, une structure internationale de promotion de la Ville de Liège (la Maison internationale de Liège asbl). Mais la Cité va s’enfoncer dans une situation financière difficile, redressée depuis grâce au Gouvernement wallon.

Discours du président du Grand Liège Jacques Levaux au Palais des Congrès de Liège pour la Célébration du 45ème anniversaire de l’asbl [1], dans revue Le Grand Liège, n°96 (juin 1982), p.7, Coll. ALPHAS.

En 1992, Jean-Maurice Dehousse, ancien ministre-président du Gouvernement wallon, ministre fédéral et bourgmestre de Liège, par ailleurs fils de Fernand Dehousse (grand ami de Georges Truffaut et lui-même membre du Grand Liège lors de sa création), assure depuis lors la présidence du Grand Liège qu’il appuie sur trois thèmes principaux :

  • l’instauration et le respect du pluralisme démocratique dans les instances de l’asbl ;
  • la promotion systématique de la participation féminine ;
  • l’invitation chaque année d’un conférencier flamand au moins.

Jean-Maurice Dehousse, président du Grand Liège, Photo de Marcel Conradt, 13.11.2009, site web de Véronique De Keyser [2]

Parmi ses faits d’armes, Jean-Maurice Dehousse a fortement protesté contre la suppression du Centre de production de la RTBF de Liège. En termes de mobilité urbaine, le développement de l’aéroport de Liège et l’arrivée du TGV représentent, par contre, l’accomplissement de deux grands combats du Grand Liège, ce à quoi pourra s’ajouter prochainement la réalisation du Trilogiport. Si l’arrivée future du tram à Liège constitue aussi une bonne nouvelle, Le Grand Liège veut aller plus loin avec la création d’un RER Huy-Liège-Maastricht.

L’association a cessé de publier une revue trimestrielle du même nom. Mais elle est à la base de toute une série de publications (« La Meuse, fleuve d’Europe », éd. Eugène Wahle, Liège, 1982 ; …), de colloques et d’innombrables conférences (dont l’une des plus prestigieuses fut celle d’Herman Van Rompuy, en tant que président du Conseil Européen, le 16 décembre 2009 sur la « crise et l’après-crise »), sans oublier les expositions (« Apports de Liège au progrès des sciences et des techniques », 1982, exposition du livre du même nom qui l’a précédé, ….).

Guillaume Rimbaud et Jean-Maurice Dehousse– Décembre 2010

Sources :

  • ALPHAS, Collection Georges Truffaut (archives déposées par sa fille France Truffaut, membre elle-aussi de l’asbl Le Grand Liège) ;
  • articles de presse ;
  • témoignages.

[1] A la table d’honneur, de gauche à droite, on reconnaît : Mme H. Hanquet, sénateur ; G. Mottard, gouverneur de la Province de Liège ; J. Sporck, doyen de la Facultédes Sciences de l’ULG ; I. Pétry, présidente du Conseil de la communauté française ; Philippe Monfils, ministre des Affaires sociales de la Communauté française ; J-M Dehousse ; E. Close, bourgmestre de Liège.

[2] Photo tirée de la conférence de Véronique De Keyser à la Maisonde la Pressede Liège à l’occasion de la souscription publique lancée dans l’Affaire Julien Lahaut (voir article).