Les Conquêtes du Socialisme

LA REVOLUTION INDUSTRIELLE : SES CONSEQUENCES ECONOMIQUES ET SOCIALES


Les ouvriers mineurs dans la cage.Photographie, s.d; reproduction.Coll. ALPHAS.

Dès le milieu du 18ème siècle, plusieurs pays d’Europe occidentale connaissent une profonde mutation : la révolution industrielle.

Les industries drapières et charbonnières se développent en particulier à Liège, Verviers ou Charleroi.

L’exode rural provoque l’arrivée en ville d’une main d’œuvre abondante. La vie des ouvriers est marquée par la misère, l’ignorance et l’alcoolisme, sans compter les obstacles juridiques.

Deux exemples :

  • Le droit de grève est interdit (article 415 du Code pénal) ;
  • Le livret d’ouvrier, hérité de la période napoléonienne, est remis en vigueur en 1845. Le patron y note des remarques en cas de résistance ou d’incitation à la révolte, peut le conserver et s’en sert comme un moyen de pression redoutable. Le 10 juillet 1888, le livret devient facultatif.

Ces hommes et ces femmes vont réagir contre ces conditions de vie et de travail et, pour ce faire, s’organiser politiquement.

 LES TEMPS HEROIQUES


L’hydre du socialisme en Belgique.Lithographie d’Alfred Le Petit, s.d, parue dans La Bombe, 21 juin 1879.Coll. IEV – Institut Emile Vandervelde, Bruxelles. – Les autorités, effrayées, reculent devant le monstre à plusieurs têtes, représentant les principaux leaders socialistes.

Si le Parti Ouvrier Belge naît lors du congrès organisé au café Le Cygne à Bruxelles les 5 et 6 avril 1885, il s’agit de l’aboutissement d’un processus de réunion des quelques associations ouvrières existantes en Belgique à cette époque. A Liège, un seul mouvement – l’Union Démocratique– participe au Congrès constitutif du Parti Ouvrier Belge (POB) les 5 et 6 avril 1885.

En cette fin de XIXème siècle, deux conceptions de la revendication ouvrière s’opposent : la grève générale et immédiate ou la conquête sociale sans recours immédiat à la force qui ferait couler le sang de nombreux membres de la classe laborieuse. Ces antagonismes vont mener le jeune parti au schisme. Cette dissidence sera de courte durée. En quelques années, socialistes, socialistes républicains et anarchistes se réunissent sous l’égide du POB.

A LA CONQUETE DU SUFFRAGE UNIVERSEL


Le vote plural.Caricature parue dans L’Assiette au beurre (spécial Belgique), n°57, 3 mai 1902, p. 928 et 929.Coll. IEV – Institut Emile Vandervelde, Bruxelles.

Le mouvement socialiste se lance alors dans la lutte pour le suffrage universel. Finalement, le vote plural est adopté et remplace le vote censitaire (basé sur la fortune de l’électeur). Tout homme de plus de 25 ans a droit à une voix mais certains électeurs (pères de famille, propriétaires ou capacitaires -détenteurs d’un diplôme d’enseignement secondaire-) peuvent cumuler jusqu’à trois voix. C’est néanmoins une première victoire. Les effets de cette révision constitutionnelle ne se font pas attendre : pour la première fois, le POB dépose des listes pour les élections législatives du 14 octobre 1894. 28 députés socialistes sont élus dont 6 liégeois. Quelques mois auparavant, le POB, réuni en congrès, s’était défini des principes fondamentaux dans la chartre de Quaregnon.

En 1902, allié aux libéraux, le Parti Ouvrier Belge veut aller plus loin. La grève générale est décrétée. Mais le gouvernement résiste et, vu la violence grandissante, les libéraux renoncent. Ils sont bientôt suivis par le Conseil Général du POB qui préfère garder une approche plus parlementaire. Le Parti Ouvrier le payera aux élections suivantes.

En 1912, la Fédération liégeoise du Parti Ouvrier récupère 6 sièges dans l’arrondissement de Liège. Le lendemain, le 3 juin 1912, des troubles éclatent à Liège. La gendarmerie se poste devant La Populaire et finit par ouvrir le feu sur la Maison du Peuple, faisant 3 morts et une vingtaine de blessés !

PETITE HISTOIRE DE LA FEDERATION DE LA LIEGEOISE DU PARTI SOCIALISTE A TRAVERS SES PRESIDENTS

Léon Troclet, en 1918, prend la présidence de la Fédération liégeoise du Parti Ouvrier Belge. En juin 1940, suite à l’invasion allemande, Henri De Man décrète la dissolution du POB et crée l’UTMI. Dans l’ombre, un mouvement socialiste clandestin s’organise avec Joseph Leclercq comme président à Liège.

Au Congrès de la Victoire de juin 1945, a lieu la création du Parti Socialiste Belge. Une nouvelle Fédération liégeoise est créée et un nouveau Président est intronisé : Joseph Merlot, partisan de l’abdication de Léopold III. En 1959, Simon Paque, partisan d’une plus grande autonomie wallonne, succède à Merlot. En 1977, Edouard Close voit le PSB scindé en une aile francophone, le PS, et néerlandophone, le SP. Paul Bolland le remplace en 1986.

En 1990, Marguerite Remy est la première et unique femme à devenir président de la fédération liégeoise. Le 18 juillet 1991, sous le mandat de Lambert Verjus, l’assassinat d’André Cools plonge le PS liégeois dans la tourmente. Devenu Président en 1993, Michel Daerden « pacifie » la Fédération. En 1995, la nomination de Michel Dighneef, Secrétaire Général de la FMSS, remet au goût du jour le parfum de l’Action Commune. De 1997 à 2003, Jean-Claude Peeters apaise les nouvelles tensions Place Sainte-Véronique.

Décédé en 2005, Guy Mathot ne peut aller au bout de son mandat entamé en 2003 et c’est Willy Demeyer qui assure sa succession. Le Bourgmestre de Liège est réélu en 2007 pour un second mandat.

LES SYNDICATS

Affiche du POB pour les élections législatives de 1929, dessin de Rik, imprimerie Gossens, Bruxelles. Coll. IEV – Institut Emile Vandervelde, Bruxelles.

En 1866, la loi Le Chapelier, qui empêchait la création de sociétés et de groupements de résistance ouvrière, est abrogée. Les syndicats socialistes s’organisent timidement : d’abord pour les métallurgistes, puis pour les mineurs, les ouvriers de la pierre et du plâtre. Ils peuvent en théorie exister au grand jour mais l’article 310 du Code pénal condamne encore lourdement ceux qui entravent la liberté de travail.

La Commission Syndicale, chargée par le P.O.B. d’étudier différentes formes d’organisation syndicale et de poursuivre la constitution d’unions, de fédérations et de centrales professionnelles, voit le jour en 1898.

Un mouvement de centralisation conduit en 1937 à la naissance de la Confédération générale du Travail de Belgique. En 1945, les mouvements syndicaux qui s’étaient développés au travers de la résistance au nazisme fusionnent au sein de la Fédération générale du Travail de Belgique.

 A la suite de la poussée du mouvement fédéraliste lors des grèves de l’hiver 1960-61 avec André Renard, l’Interrégionale wallonne, précédée de quelques mois par l’Interrégionale flamande, verra le jour le 12 novembre 1968.

LES MUTUELLES

Badges et Ecussons de l’Action Commune.Coll. ALPHAS.

Les caisses de secours mutuels et d’entraide, nées aux 17-18ème siècles au sein des corporations de métiers, ont reçu un cadre légal en 1851. En échange d’une cotisation variable suivant leur âge, les travailleurs reçoivent des indemnités quand ils sont contraints au chômage ou à l’inactivité en raison d’un accident ou d’une maladie.

 Les mutualités socialistes se développent avec beaucoup de difficultés d’autant qu’elles ne reçoivent aucun subside de la part de l’Etat. En effet, les gouvernements de droite refusaient les subsides aux organisations liées à un parti politique, c’est-à-dire aux organisations socialistes. Faisant suite aux lois de 1891 et 1894 sur les mutualités permettant à celles-ci de se fédérer et d’obtenir progressivement des subsides publics, l’Union Nationale des Mutualités Socialistes est créée en 1913. En 1903 est votée une loi sur les accidents de travail.

 Au sortir de la guerre 1914-1918, les ministres socialistes participent aux gouvernements. Ainsi, J. Wauters, Ministre de l’Industrie et du Travail, attribue des fonds importants aux mutuelles. La médecine sociale, généraliste et spécialisée, se développe dans les années 20 grâce aux polycliniques et aux maisons de repos et de convalescence.

LES COOPERATIVES ET MAISONS DU PEUPLES

A partir de 1880 et la naissance du Vooruit à Gand, le mouvement coopératif, né à Rochdale en Angleterre en 1844, commence à prendre pied dans notre pays et dans le Borinage. En 1914, il y a des sociétés coopératives dans presque toutes les communes. L’Union des Coopérateurs Borains, créée en 1922, et surtout l’Union Coopérative de Liège, né en 1918 de la fusion de plusieurs coopératives provinciales liégeoises et luxembourgeoises, seront parmi les sociétés coopératives les plus puissantes.

En dépit de débuts difficiles, les sociétés coopératives de production (boulangeries, épiceries, boucheries, cordonneries, imprimeries, pharmacies,…) pourvoient bientôt aux besoins alimentaires et autres des travailleurs dans les magasins coopératifs, en luttant contre la hausse du coût de la vie.

L’action des coopératives se double de celle des Maisons du Peuple. Lieux de rassemblement où sont organisés conférences, représentations théâtrales et concerts, elles assurent la culture et l’instruction des ouvriers, notamment grâce à l’ouverture de bibliothèques.

AUTRES ORGANISATIONS

20ème anniversaire des Femmes Prévoyantes Socialistes. Photographie, 1947. Coll. ALPHAS.

De gauche à droite : Juliette Dion – Margueritte Laboulle – Alex(andrine) Fontaine-Borguet (au centre debout) – Alice Guilmain-Melin- Julia Léonet.

Au fond à droite, le portrait de Lucie Dejardin, femme politique socialiste et première femme élue à la Chambre des Représentants (1929), suivie en cela notamment d’Alex Fontaine-Borguet (1948), longtemps présidente des Femmes Prévoyantes Socialistes.

La propagande socialiste utilise de multiples canaux de diffusion : la presse bien sûr avec les quotidiens L’Avenir du Borinage, Le Peuple (et sa version boraine Le Peuple du Borinage), La Wallonie, Le Monde du Travail

Une multitude de cercles sportifs, culturels (chorales, fanfares, bibliothèques, théâtres,…) voient le jour dès la fin du 19ème siècle.  L’éducation de l’ouvrier est prise en charge par les comités régionaux et locaux d’éducation ouvrière pour l’aider à s’affranchir. Tous les citoyens trouvent leur place au sein du mouvement : les femmes dans les guildes de coopératrices ou à la Femme Prévoyante ; les jeunes chez les Faucons Rouges ou les Jeunes Gardes Socialistes ; les pensionnés chez les Pensionnés Socialistes. L’accueil d’une immigration massive en Belgique après la seconde Guerre mondiale pose la question de l’égalité des droits de tous les citoyens. Une fois encore, le mouvement socialiste prend position dans ce débat et s’implique dans les grandes luttes internationales pour les libertés.

LUTTES POLITIQUES

Cortège du 1er mai 1949 à Liège.Photographie.Coll. Musée de la Vie Wallonne.

Il faudra attendre le 10 avril 1919 pour que soit adopté le suffrage universel…masculin (hommes âgés de plus de 21 ans).

Les femmes, elles, auront le droit de voter aux élections communales et de se faire élire à tous les niveaux de pouvoir en 1920 mais leur droit de vote ne s’étendra aux élections législatives qu’à partir du 19 février 1948.

Après la Seconde Guerre mondiale, la Belgique est déchirée par la question royale. Le PSB (Parti Socialiste Belge) considère que l’attitude du roi Léopold III pendant et après la guerre est inacceptable et s’oppose à son retour, tout comme la majorité des francophones contrairement aux Néerlandophones. Une consultation populaire le 12 mars 1950 approuve son retour, ce qui donne lieu à des affrontements violents. Le roi finit par laisser sa place à son fils aîné, Baudouin, pour préserver l’unité nationale.

L’année 1970 voit la création de trois communautés culturelles (flamande, française et allemande) et de trois régions (flamande, wallonne et bruxelloise). La Belgique devient un Etat fédéral.

En 1998, suivant la décision de l’Union Européenne, la Belgique adopte une loi permettant aux ressortissants européens de pouvoir voter aux élections communales et provinciales.

Le PS va également contribuer à une extension du droit de vote aux étrangers pour les élections communales en Belgique (29 mars 2004).

 LUTTES SOCIALES ET ECONOMIQUES

Avant 1914, de multiples grèves éclatent avec pour objectif d’améliorer les conditions de travail mais beaucoup échouent devant la toute-puissance patronale.

Après la guerre, la condition de la classe ouvrière, principale victime de la « boucherie » de 1914-1918, s’améliore :

  • instruction obligatoire (1914) ;
  • première formes d’allocations de chômage (1915) ;
  • loi sur les loyers et création de la Société nationale des habitations à bon marché (arrêté royal du 21 avril 1920) ;
  • limitation à huit heures de la durée de la journée de travail et semaine de 48 heures (14 juin 1921) ;
  • liberté syndicale (1921) .
  • système obligatoire (et non plus libre) de pensions de vieillesse (1924-25) ;
  • système obligatoire d’allocations familiales (1930) ;
  • octroi d’une semaine de congés payés et semaine de 40 heures (8 juillet 1936).

La plupart de ces mesures, les ouvriers vont néanmoins devoir se battre de nouveau pour les acquérir. Des grèves importantes éclatent dans les années 20’, en 1930 et en 1932, au plus fort de la crise économique internationale. Cette dernière, contrairement aux autres, a pour objectif la préservation des acquis sociaux.

Face à la crise économique, le P.O.B. propose en 1934 le Plan du Travail d’Henri de Man. Celui-ci visait à instaurer une économie mixte, comprenant un secteur privé et un secteur nationalisé.

En 1936, la grève, venue du port d’Anvers, démarre au charbonnage de la Batterie à Liège. La Commission Syndicale décide la reprise du travail après avoir obtenu satisfaction.

En 1944, à l’initiative de Léon-Eli Troclet, naît la sécurité sociale, un système complet d’assurance, basé sur le principe de l’obligation et de la contribution financière des travailleurs, des employeurs et de l’Etat. Cinq secteurs sont désormais pris en charge par l’Office National de Sécurité Sociale (O.N.S.S.) : l’assurance-vieillesse, l’assurance maladie-invalidité, les allocations familiales, les allocations de chômage et les vacances annuelles.

Dans la foulée est créée l’ONE (Œuvre Nationale de l’Enfance).

A la fin des années 50, la Belgique est frappée par la récession économique. Les violentes grèves de l’hiver 60-61 témoignent de l’opposition au projet de loi unique du gouvernement Eyskens, destiné à assainir les finances publiques.

En 1963, pour mettre fin au déficit de l’assurance maladie invalidité, Edmond Leburton met en place l’Institut National d’assurance Maladie-invalidité (INAMI), instrument chargé de coordonner l’ensemble des moyens du secteur de la santé.

En 1966, les employées de la FN d’Herstal manifestent pour obtenir l’égalité salariale avec leurs collègues masculins.

Le 21ème siècle sera social. De toutes nos forces.Affiche du PS pour les élections législatives de 1999. Original IEV, Reproduction ALPHAS.

Parmi les avancées sociales récentes, citons principalement :

  • La loi du 30 juillet 1981 contre les discriminations ;
  • La dépénalisation de l’avortement en 1990 ;
  • L’abolition de la peine de mort en 1996 ;
  • La dépénalisation de l’euthanasie en 2002 ;
  • L’autorisation du mariage des homosexuels en 2003.

 

LUTTE ANTIFASCISTE ET SOLIDARITE NORD-SUD

Les enfants de Tossa arrivent à Comblain-au-Pont.Photographie, 1939.Collection Los Ninos de la Guerra

Au cours des années 30, l’Europe entière est confrontée à la montée des forces antidémocratiques. Mussolini en Italie, Hitler en Allemagne font peser la menace d’un nouveau conflit mondial. Les Milices de défense ouvrières, créées par le P.O.B., ont pour mission de préserver la démocratie et de faire barrage aux milices fascistes. Ainsi, une grande manifestation est organisée par la Fédération Boraine du POB en réaction à la venue de Degrelle au Théâtre de Mons le 21 mars. Elle organise aussi 36 meetings anti-fascistes.

De 1936 à 1939, la guerre civile fait rage en Espagne, entre les partisans de Franco et les républicains. Ceux-ci seront largement soutenus par le monde socialiste belge, surtout à Bruxelles et dans les fédérations wallonnes.

Après la débâcle militaire le 28 mai 1940, Henri de Man, son président, décrète la dissolution du P.O.B. Cependant, de nombreux militants entrent dans la clandestinité et créent les premiers noyaux de résistance ; si bien que, le 1er mai 1941, le manifeste du mouvement socialiste belge est signé. En 1942, le Parti Socialiste Belge est créé à l’initiative du mouvement clandestin.

Après la deuxième guerre mondiale, le PS continuera sa lutte contre les régimes antidémocratiques. Par ailleurs, la solidarité avec les pays pauvres se développe.

Texte intégral de l’exposition 125 de socialisme (mai 2010)