Retour sur 130 ans d’histoire et de combats du Parti socialiste et de la Fédération liégeoise

Le 6 avril prochain, le PS aura 130 ans ! 130 ans de combats en faveur de la classe ouvrière et de tous les opprimés, sans distinction de nationalité, de culte ou de sexe, avec l’objectif d’une société égalitaire et solidaire où tout être humain bénéficierait de la plus grande liberté et du plus grand bien-être possible comme défini dans la Charte de Quaregnon.

Maison du Cygne, Grand-Place de Bruxelles 
Photographie de René Geurts, 20.12.2009 ; Coll. ALPHAS

Le PS naît donc en 1885 sous le nom de POB (Parti Ouvrier Belge) à la suite du congrès de Bruxelles au café Le Cygne sur la Grand-Place réunissant plusieurs associations ouvrières du pays dont, pour Liège, l’Union Démocratique qui constituera le socle de la Fédération liégeoise du POB en 1891. Ces associations sont aussi bien des organisations politiques que syndicales, mutualistes ou coopératives, ces branches ne se séparant qu’à la fin de la Deuxième Guerre mondiale tout en continuant à collaborer dans l’Action Commune. Les débuts du POB ne sont pas faciles du fait d’une division avec les anarchistes illustrée par les émeutes de 1886 qui prirent naissance à Liège.

Le principal combat du POB sera d’abord celui de l’obtention du suffrage universel à la place du suffrage censitaire basé sur la fortune. Il organise pour ce faire trois grèves générales : 1893, puis 1902 et 1913, ce à quoi s’ajoutent la fusillade devant la Maison du Peuple La Populaire à Liège en 1912. La première grève aboutira au vote plural (certains peuvent cumuler jusqu’à trois voix) qui donnera lieu à l’élection des vingt-huit premiers députés socialistes dont six liégeois. Ce n’est que suite à la boucherie de la Première Guerre mondiale, en 1919, que sera obtenu le suffrage universel, comme bon nombre d’avancées sociales, la mise en place d’un gouvernement d’union nationale avec l’entrée pour la première fois au gouvernement du POB de 1916 à 1921 aidant. Même chose après la Seconde Guerre mondiale. Le suffrage universel ne sera d’abord valable que pour les hommes de plus de 21 ans. Hormis quelques exceptions, les femmes ne pourront voter que pour les élections communales et provinciales mais seront éligibles à toutes. C’est ainsi que sera élue en 1929 la première Députée socialiste en la personne de la liégeoise Lucie Dejardin. Leur droit de vote sera complet en 1948. Entretemps, en 1925, le POB devient pour la première fois le premier parti du pays.

La liberté du père de famille !!! Ecrasés par le vote plural ! 

Affiche du POB pour les élections communales de 1911, lithographie et texte de Royer Baumont et Michotte, établissements généraux d’imprimerie, Bruxelles ; Original IEV, Reproduction ALPHAS.

Pour ce qui est des avancées sociales, en 1914, le travail des enfants fut complètement interdit jusqu’à l’âge de 14 ans avec pour corolaire l’obligation d’aller à l’école et en contrepartie la gratuité des frais d’inscription. En 1919, le logement social se développe avec la mise sur pied de la Société nationale des Habitations à bon marché. A partir de 1920 se met en place le mécanisme d’indexation automatique des salaires. En 1921, c’est le droit de grève qui est enfin est acquis et la limitation à huit heures de travail par jour. En 1936 est acquis un revenu minimum garanti. Les éléments constitutifs de la sécurité sociale prennent progressivement forme (l’allocation de chômage en 1920, l’assurance pension obligatoire en 1924, le fonds des maladies professionnelles en 1927, les allocations familiales en 1930, les premiers congés payés pour tous en 1936 ; la loi sur les accidents de travail date, elle, de 1903 ; sont nées aussi avant les premières mutualités) jusqu’à leur centralisation via la création de l’Office national de Sécurité sociale par Léon-Eli Troclet en 1944. La plupart de ces mesures ne seront néanmoins obtenues qu’après une série de grèves dans les années 1920 et 1930. Pour faire face à la crise économique de 1929, le POB propose le Plan du Travail d’Henri De Man basé sur une économie mixte (privée et publique).

Les trois huit

Carte postale de Jules Grandjouan, reproduction issue de L’Assiette au beurre, 20 avril 1906 

Coll. ALPHAS

Sur le plan culturel, le Parti fait instaurer un réseau de bibliothèque publique (1921). Anticolonialiste et surtout antimilitariste, il fondera des milices de défense ouvrière pour préserver la démocratie face aux milices fascistes. Plusieurs de ses membres se porteront notamment aux côtes des socialistes républicains espagnols face au général et dictateur Franco puis, comme Irène Pétry, alors Secrétaire d’Etat à la Coopération au développement, aux côtés des socialistes chiliens après le renversement du Président Allende par le dictateur Pinochet.

Défilé du 1er mai 1974 à Liège

Photographie de Robyns, Coll. ALPHAS (Droits d’auteur : Musée de la Vie wallonne).

Après guerre, le Parti, devenu PSB (Parti Socialiste Belge), s’oppose en Action Commune au retour du roi captif et controversé Léopold III donnant lieu à des manifestations violentes qui finirent par tuer quatre personnes à Grâce-Berleur. Défenseur de la laïcité et de l’enseignement publique, les socialistes contribuent à mettre fin à la guerre scolaire avec l’enseignement libre en 1958. Le PSB s’oppose également aux mesures d’austérité du gouvernement de Gaston Eyskens en Action Commune lors de la grève de l’hiver 1960-61 durant laquelle des incidents feront trois morts à Liège, puis à celle de Martens-Gol (années 1980). Il soutient au contraire la mise en place en 1952 d’un Comité de sécurité, d’hygiène et d’embellissement des lieux de travail, soutient le combat des femmes de la FN à Herstal pour l’égalité salariale (1966), renforce l’accessibilité aux soins de santé pour les personnes précarisées (1963), fait voter une loi sur l’information et la protection des consommateurs (1991) et la loi Renault (1998) qui vise à protéger la concertation sociale entre l’entreprise et les syndicats en cas de restructuration et implique l’information aux travailleurs, loi qui sera adoptée par l’Union européenne.

1er mai 2012 à Liège, Photographie de Claire Robert, Coll. ALPHAS

Sur le plan institutionnel, le Parti, avec en particulier André Cools comme Président, sera partie prenante de la constitution d’un Etat fédéral composé de communautés linguistiques et de régions. Nombreux furent les autres Liégeois qui œuvrèrent dans ce sens : les frères Van Belle, Georges et France Truffaut, Fernand et Jean-Maurice Dehousse, Joseph et Joseph-Jean Merlot… La Province de Liège fut d’ailleurs directement concernée par le tracé de la frontière linguistique avec le problème des Fourons symbolisé par José Happart. Le PSB ne survécut pas à cette communautarisation mais fut le dernier grand parti à se scinder entre Francophones (PS) et Néerlandophones (SP puis sp.a).

André Cools au Congrès du PS du 26 novembre 1978 à Namur

Coll. ALPHAS

En matière éthique, le PS est à l’origine de la loi contre le racisme (1981), de la dépénalisation de l’avortement (1990), de l’abolition de la peine de mort (1996), de la dépénalisation de l’euthanasie (2002) et de l’autorisation du mariage des homosexuels (2003). Enfin, il contribuera à l’extension du droit de vote aux ressortissants européens pour les élections communales et provinciales (1998) puis aux autres étrangers pour les communales (2004).

Manifestation des Femmes Prévoyantes Socialistes pour la dépénalisation de l’avortement Place Saint-Paul à Liège 

Photographie de Robyns, 1979 

Coll. ALPHAS (Droits d’auteur : Musée de la Vie wallonne).

 

Guillaume Rimbaud – ALPHAS

 

Sources principales :

–          Parti socialiste : créateur de progrès depuis 125 ans, éd. Renaissance du livre, Bruxelles, 2010 (Coll. ILHS) ;

–          1885-1985 : du Parti Ouvrier Belge au Parti Socialiste, éd. Labor, Institut Emile Vandervelde, Bruxelles, 1985 (Coll. ILHS) ;

–          Linda Musin, 1885-1985 : Histoire des Fédérations : Liège, coll. Mémoire ouvrière, éd. PAC, Bruxelles, 1985 (Coll. ILHS) ;

–          Robert Falony, Le parti socialiste : un demi-siècle de bouleversements : de Max Buset à Elio Di Rupo, éd. Luc Pire, PAC, Bruxelles, 2006 (Coll. ILHS) ;

–          Site web du Parti Socialiste.