André Cools : Un homme de conviction

Né à Flémalle-Grande le 1er août 1927, André Cools, oserait-on dire, est tombé dans la marmite du socialisme quand il était petit. De son arrière-grand-père paternel descendu de la Campine pour trouver du travail dans les charbonnages de Wallonie à son père qui géra la Maison du Peuple de Flémalle-Grande, fut échevin socialiste de l’Instruction publique de Flémalle-Haute, délégué syndical des métallurgistes de la Province de Liège et est mort dans le camp de concentration de Mauthausen pendant la seconde guerre mondiale, l’histoire familiale des Cools se confond avec l’histoire sociale de notre pays.

André Cools au Congrès du PS du 26 novembre 1978 à Namur ; Photographie ; Coll. ALPHAS.

Il n’est donc pas étonnant qu’André Cools se soit très vite senti attiré par la politique. Si bien que, dès la fin de ses humanités gréco-latines à l’Athénée Royal de Seraing effectuées dans le contexte difficile de la Deuxième Guerre mondiale, André Cools ne laisse pas passer l’occasion qui se présente à lui d’être engagé comme Secrétaire-receveur de la Commission d’Assistance publique (ancien CPAS) de Flémalle (1947-1964).

Durant les années 50, il finira néanmoins par suivre en parallèle et avec succès des études de sciences administratives dans une Haute-Ecole Provinciale. Il est également de 1945 à 1950 secrétaire des Jeunes Gardes Socialistes.

Sa carrière politique ne tarde pas à prendre son envol. Elu député de l’arrondissement de Liège à la Chambre des représentants (1958-1991), il devient bientôt Conseiller communal de Flémalle-Haute (1964-1991) et, l’année suivante, accède au poste de Bourgmestre de sa commune, poste auquel il restera très attaché. Hormis quelques interruptions volontaires pour cause de mandats ministériels, il exercera cette fonction jusqu’à sa mort tragique, y compris donc après la fusion des communes de 1976.

Réunion des 400 élus socialistes wallons à Saint-Servais ; Photographie, 13 janvier 1961 ; reproduction ; Coll. ALPHAS  –Institut Liégeois d’Histoire Sociale. NB : André Cools est le quatrième en partant de la droite du quatrième rang.

André Cools a un caractère de frondeur. Il n’hésite pas à dire ce qu’il pense et ses colères sont légendaires. Pour autant, il respecte les hommes et leurs fonctions. Admiratif du combat d’André Renard pendant la grève générale de l’hiver 1960-61, il intègre le Mouvement populaire wallon. Les tensions entre le PSB et le MPW l’amèneront en 1964, contraint et forcé, à choisir de quitter le MPW, risquant sinon de se faire exclure du PSB. Il n’en restera pas moins un militant wallon convaincu.

Pose de la première pierre d’un complexe sportif par André Cools en tant que Vice-premier Ministre et Ministre du Budget ;Photographie, 30 mai 1970 ; Coll. ALPHAS – Institut Liégeois d’Histoire Sociale.

En 1968, il intègre le gouvernement chrétien-socialiste Gaston Eyskens – J-J Merlot comme Ministre du Budget. Il sera notamment chargé de mettre en application l’entrée d’une nouvelle taxe : la TVA. A la mort prématurée de Joseph-Jean Merlot l’année suivante, il récupère sa charge de Vice-Premier Ministre et prendra même, lors des derniers mois de ce gouvernement, le portefeuille des Affaires économiques. Après les élections légèrement anticipées de 1971 sur fonds de querelles communautaires, le gouvernement de Gaston Eyskens est reconduit et André Cools conserve son poste de Vice-Premier Ministre et reprend le poste de Ministre du Budget puis, de nouveau lors des derniers mois de ce gouvernement, les Affaires économiques.

 

Cortège du 1er Mai 1972 à Liège ; Photographie ; Coll. ALPHAS – Institut Liégeois d’Histoire Sociale (Droits d’auteur : Musée de la Vie Wallonne). NB : André Cools est au centre de la photo.

En 1973, il remplace Edmond Leburton comme Co-président du PSB-BSP avec Jos Van Eynde, la présidence étant depuis 1971 partagée entre un Francophone et un Néerlandophone. Si du côté néerlandophone Willy Claes (1975-1977) puis Karel Van Miert (1978) se succèdent à la Coprésidence, Cools, lui, restera Co-président du PSB-BSP jusqu’en 1978, date de la scission pure et simple du PSB-BSP unitaire en une aile francophone (le PS)  et une aile néerlandophone (le BSP). André Cools est malgré cela réélu et devient ainsi le premier Président du PS. Durant ces années à la tête du Parti, Cools devra surtout faire face à la crise économique en étant tantôt dans la majorité gouvernementale tantôt dans l’opposition.

André Cools (avant-gauche), Jos Van Eynde (avant-droite), Henri Simonet (arrière-gauche) et Willy Claes lors du Congrès doctrinal du PSB-BSP de 1974 ; Photographie, s.l. ; Coll. IEV – Institut Emile Vandervelde, Bruxelles.

Pendant toutes ces années, André Cools a joué de tout son poids politique pour mettre en œuvre le fédéralisme. Il est donc légitime de le retrouver de 1982 à 1985, après avoir quitté la tête du Parti, à la présidence de ce nouvel organe du pouvoir qu’est le Conseil régional wallon, le futur Parlement wallon puisd’en assurer après 1985 la vice-présidence. Par la suite, en 1988 plus précisément, il se fera confié par Guy Spitaels, son successeur à la tête du PS, le poste de Ministre de la Région wallonne en charge des Pouvoirs locaux, des Travaux subsidiés et de l’Eau. A ce titre, il remet sur les rails les finances de la Ville de Liège moyennant un douloureux plan d’assainissement.

Le 30 avril 1990, Cools décide de se retirer de la vie politique mais n’abandonne pas pour autant son combat pour le redressement économique de la Région liégeoise grâce en particulier à la SMAP (aujourd’hui Ethias Assurances) qu’il va présider.

André Cools est mort le 18 juillet 1991. Il fut assassiné dans les circonstances que l’on sait sur les hauteurs de Cointe. Il laisse de lui l’image d’un homme combatif défendant avec mordant ses idées.

Guillaume Rimbaud – Institut Liégeois d’Histoire Sociale (ALPHAS )

Principales Sources :

  • Arnaud Colette & Philippe Halleux, André Cools : Rebelle d’État, éd. Quorum, Ottignies, 1996 (n°15210) ;
  • www.wallonie-en-ligne.net (site web de l’Institut Jules Destrée) ;
  • Encyclopédie en ligne wikipédia.

Autres Sources :

  • Fonds André Cools (Coll. ALPHAS) ;
  • Dossiers biographiques de l’ALPHAS ;
  • Maurice Demolin, Procès Cools : Journal impertinent d’un témoin engagé, Clé-éd. Littéraires, Liège, 2010 (n°15156) ;
  • Emmanuel Maurage, la longue marche vers la régionalisation. Les carnets politiques d’André Cools (1973-1979), éd. Quorum, Ottignies, 1997 (n°15160) ;
  • Jean-Pierre Van Rossem, Qui a tué André Cools. Esquisse des mœurs politique sen Belgique, éd. Himalaya, Bruxelles, 1993 (n°15) ;
  • PSB, La crise … Pourquoi ?, éd. Biblio, Liège, 1974 (n 12277);
  • Christian Lepere, André Cools, de la contestation à la gestion progressiste, éd. Labor, Coll. Ceux d’hier et d’aujourd’hui, Bruxelles, 1972¨ (n°15149).