Célestin Demblon (Neuville-en-Condroz 1859-1924)

Ecrivain, homme politique socialiste, instituteur. Député de Liège à partir de 1894.

Il estime que Liège est le foyer de la Wallonie (1885). Le 14 juillet 1889, il déclare : «j’espère avoir bientôt une république sociale belge où chacun aura tout à gagner même Léopold ».

Il avait un tempérament passionné en politique comme en littérature ; ce qui lui valu de nombreux rappels à l’ordre et même  une expulsion du POB. Instituteur, Demblon est révoqué en 1883 pour avoir critiqué publiquement la Royauté. Privé de son emploi, il se consacre alors au journalisme.

En 1898, Albert Cobourg, neveu du roi Léopold II, fit sa ´Joyeuse Entrée’ à Liège. A cette occasion, Célestin Demblon, député socialiste, tint au conseil communal un discours que la majorité l’a empêché d’achever.

Il est membre de l’Union Démocratique qui devient la section liégeoise du POB (Parti Ouvrier Belge). Fédéraliste, il était favorable à la séparation administrative. Demblon a été élu député du POB à Liège en 1894. Il fit adopter la revendication de la République dans la Charte de Quaregon, le programme de base du POB, contre l’avis du patron du parti, Emile Vandervelde. Si Demblon revenait, il adresserait les mêmes critiques assassines aux dirigeants du Parti Socialiste d’aujourd’hui.

« Au nom de la majorité des Liégeois, au nom des travailleurs, du peuple et de la petite bourgeoisie, rançonnés par de honteux impôts que la majorité clérico-doctrinaire[1] du Conseil Communal dissipe encore parfois à de mauvais usages, au nom des bourgeois riches pour qui la conscience n’est pas un mot, il faut protester contre la réception très peu édifiante et bassement intéressée qu’on a tenté de faire au jeune citoyen Albert Cobourg, – réception dont le moindre mal est que vous avez bu du vin de Champagne aux frais, sinon à la satisfaction des contribuables.

Il ne suffit pas (…) que le groupe socialiste ait naturellement refusé de s’y laisser compromettre, que personne n’ait plus orné comme autrefois les rues d’insignes de fêtes, qu’un éloquent et lourd silence ait accueilli (…) un malheureux adolescent qui ne se rend sans doute pas compte du rôle qu’on lui fait jouer: la majorité de nos concitoyens, dont ces scandaleux étalages froissent les convictions républicaines, qui paient des démonstrations dirigées contre eux sans qu’on daigne même les consulter, doit bien comprendre encore que cette provocatrice mascarade clérico-doctrinaire (…) n’était qu’une manœuvre électorale. (…)

L’allégresse simulée (…) salue sans vergogne dans un roi, (…) l’incarnation et le soutien d’un ordre ou plutôt d’un désordre social permettant, dans notre pays seul, de soustraire, avec l’aide pieuse du clergé, au peuple et à la fraction laborieuse de la bourgeoisie, plusieurs centaines de millions chaque année, – sans qu’on ait cure, sinon pour la forme, du sort des dépouillés. »

En 1903, il publie un ouvrage sous un titre pour le moins surprenant : La pornographie cléricale.[2]  Il s’agit de la relation de l’étonnant débat qui eut lieu à la Chambre des Représentants les 26 et 27 novembre 1902 : Demblon accusait l’ancien testament de comporter des passages pornographiques et certains cantiques des propos équivoques et grivois ! Ces accusations furent soutenues exemples à l’appui !

Il est impliqué dans la guerre scolaire et s’oppose aux lois trop favorables aux cléricaux. On le retrouve ainsi, en 1911, comme leader d’un meeting à Ougrée.

En 1912, il donne sa version de l’identité de Shakespeare.[3] Selon lui, l’œuvre de Shakespeare appartient non pas à l’acteur William Shakespeare, mais à un de ses contemporains, un peu plus jeune, Roger Manners, comte de Rutland. Il ne parait pas utile de préciser que cette thèse est vivement contestée.

Durant la première guerre, Célestin Demblon prend ses distances avec le POB, qui, selon lui, avait trahi les travailleurs en les faisant s’entretuer et se battre pour ‘leur pays’. Le POB avait effectivement appellé les travailleurs à se battre du côté de leur bourgeoisie. « Celui qui a faim, n’a nulle part une patrie, les pauvres n’ont pas de patrie, ils n’ont rien à perdre dans cette guerre parce qu’ils n’ont rien. »[4]

Demblon défend fermement la lutte des travailleurs et la Révolution russe: «Je suis pour la révolution russe, qui constitue une forteresse pour la classe ouvrière du monde entier. Sans cette forteresse, sans cette révolution, la bourgeoisie n’aurait pas fait de concessions concernant la sécurité sociale au POB. Une sécurité sociale que la bourgeoisie jette à la tête des travailleurs par peur panique du bolchevisme dans notre pays, comme on jette un os à un chien dangereux

A la fin de sa vie, il se rapproche ensuite du Communisme se détournant ainsi du POB.


[1] Le conseil communal de Liège était dirigé par une majorité catholique et libérale. Dans les libéraux de l’époque, on distinguait les doctrinaires, partisans du marché libre pur mais anticléricaux, et les progressistes, partisans de lois sociales.

[2]  – DEMBLON, CÉLESTIN, La Pornographie cléricale, Bruxelles, 1903, 51 pages.

[3] – Célestin Demblon, Lord Rutland est Shakespeare. Paris, 1912.

[4]  – Célestin Demblon, Le dernier appel de Célestin Demblon, in journal La Vague de Jupille.