Richard Mayeu (1831-1902)

Richard Mayeu: Gros plan sur un militant de l’ombre au rôle pourtant considérable dans le développement du socialisme naissant en région liégeoise.

Richard Mayeu ; Photographie, dans La Tribune, 24 mai 1902 ; Coll. ALPHAS.

Né à Bruxelles le 3 février 1831, fils d’ouvrier et ouvrier lui-même, dès son plus jeune âge Richard Mayeu s’impliqua dans le mouvement socialiste naissant dans lequel il jouera donc un grand rôle pour son développement en région liégeoise et ce dans toutes ses composantes.

Il se fait tout d’abord remarqué par sa propagande syndicale active. Devenu membre de la Fédération liégeoise de la Première Internationale/Association internationale des travailleurs, il représentera cette dernière au VIIème Congrès de l’Internationale en 1874 à Bruxelles en particulier et donne dans ce cadre de nombreux meetings dans le bassin de Liège et en défend les intérêts dans la presse.

Il fit partie en 1884 des fondateurs de l’Union Démocratique, qui fut le seul groupement politique socialiste de la région liégeoise à participer au Congrès de naissance du POB dont il devient la Fédération liégeoise. L’Union Démocratique est le fruit d’un regroupement entre des socialistes et des libéraux de gauche dont faisait alors partie notamment Célestin Demblon. Richard Mayeu était le trésorier de l’Union Démocratique puis donc de la Fédération liégeoise du POB.

La Populaire ; dessin de Jean Müller, s.d. ; Coll. ALPHAS – Institut Liégeois d’Histoire Sociale.

Richard Mayeu fit aussi partie des fondateurs en 1887 de la société coopérative La Populaire à Liège dont le bâtiment principal, autefois situé sur la place Verte près de l’actuel îlot Saint-Michel et de l’opéra, fut considéré avec son café-restaurant comme « La » Maison du Peuple de Liège. En tant que société coopérative, outre son café-restaurant, elle abritait également une épicerie et une boulangerie. Rappelons que les sociétés coopératives avaient aussi un rôle de propagande du mouvement socialiste et d’éducation, du corps (société de gymnastique…) et de l’esprit (conférences, cours de gestion d’entreprises pour les futurs dirigeants de coopérative…) de la classe ouvrière entremêlés avec les activités plus divertissantes (cours de musique, chorale, harmonie…). C’est ainsi que le bâtiment de La Populaire s’agrandit d’une grande salle des fêtes pouvant accueillir en particulier ces dernières activités ainsi que d’une salle de cinéma. Enfin, La Populaire, comme d’autres sociétés coopératives, développa une caisse de mutualité.

Que ce soit dans la mutualité où il siégeait au Comité exécutif, dans la société de gymnastique ou dans la chorale, l’implication de Richard Mayeu fut totale. Il resta impliqué au sein du Conseil d’administration de La Populaire jusqu’à sa mort. La Populaire ouvrit plusieurs succursales, en particulier des cafés, dans différents quartiers de Liège et en périphérie.

Boulangerie de La Populaire ; Photographie, 1933 ; Coll. ALPHAS – Institut Liégeois d’Histoire Sociale.

NB : Sur cette photo est représentée la boulangerie dans le bâtiment de la rue Gretry à Liège où elle avait fini par déménager

pour permettre la construction de la salle des fêtes dans le bâtiment principal de La Populaire.

Un de ses derniers glorieux faits d’armes en tant que militant socialiste fut l’opposition qu’il contribua à mener contre le projet de réforme électorale du gouvernement catholique Vandenpeereboom allant à l’encontre de la revendication socialiste en faveur du suffrage universel.

Plusieurs fois, il lui fut proposé d’être candidat à la Chambre des députés ou à la Commune mais il préférait refuser tous ces honneurs. Droit et honnête, ce père d’une famille nombreuse finit néanmoins par accepter de siéger au Conseil des prud’hommes (devenu aujourd’hui le Tribunal du travail), seule instance judiciaire (du moins aujourd’hui) à être quotidiennement composée de juges non professionnels en plus d’un juge professionnel qui préside les audiences.

Richard Mayeu est mort le 18 mai 1902. Les hommages rendus à Richard Mayeu lors de ses funérailles furent à la hauteur du rôle qu’il joua dans le développement du mouvement socialiste en région liégeoise, un rôle (volontairement) de l’ombre certes mais au combien important et qui imposa à tous un immense respect. Il fut d’ailleurs surnommé à son époque « le pilier ouvrier » !

Guillaume Rimbaud (ALPHAS) – Septembre 2012

Principales Sources :

  • Journal La Tribune, 24 mai 1902 (Coll. ALPHAS) ;
  • Journal Le Combat, 24 mai 1902(Coll. ALPHAS) ;
  • Linda Musin, Histoire des Fédérations : Liège, coll. Mémoire ouvrière, éd. PAC, Bruxelles, 1985 (Coll. ALPHAS) ;
  • Jean Moors, La belle époque des Maisons du Peuple en province de Liège, Liège, 2007 (Coll. ALPHAS).